I Can't Remember Anything

Très court message pour signaler aux éventuels... êtres se perdant sur mon blog que je ne le mets plus à jour... Et que je n'ai pas touché à ce que j'ai écris depuis longtemps, contrairement à ce que je projetais de faire.

# Posté le dimanche 10 août 2008 13:35

Stand And Face The Hounds Of Hell

Stand And Face The Hounds Of Hell
Le vent hurlait de rage, la pluie battait avec violence, frappant le sol et espérant vainement reproduire le Déluge cité dans la Bible tandis que le tonnerre et les éclairs formaient un duo furieux, l'un frappant de toutes ses forces, l'autre portant les hurlements de son vieil ami du ciel à la terre.

Les êtres vivants résistaient ou s'abritaient, suivant leurs forces ; les plantes pliaient ou campaient sur leurs positions tandis que les animaux s'enfouissaient dans leurs abris. Zachary, lui, restait droit au milieu de la fureur de la Nature, vêtu seulement de ses jeans sans couleurs, encaissant la rage des éléments dans le but de renforcer son corps et son âme. Les bras levés et tendus, tel le Christ, la tête penchée en arrière, regardant les nuages noirs amassés au-dessus de la forêt, le jeune homme se gorgeait de cette force déchaînée tout autour de lui afin de mieux renaître, se purifiant de la souillure laissée sur lui par le monde corrompu des Hommes. Il sentait l'air entrer dans ses poumons et en ressortir avec la crasse empoisonnée crachée par les machines, l'eau laver sa peau de la pelliculle poisseuse déposée par le mépris et la haine aveugle de tout ce qui n'est pas conforme au monde façonné par l'Humanité. Pour l'aider dans sa tâche, la terre, mêlée à l'eau et devenue boue, se glissait entre ses orteils pour l'aggriper et le maintenir fermement sur le sol, afin que, comme un grand arbre solide, il ne se brise pas sous la tempête. Et, enfin, il y avait Elle, la plus brillante et noble des lumières nocturnes, veillant sans relâche sur ses enfants et petits-enfants depuis son royaume mystérieux.

Zachary amorça un sourire crispé, le froid travaillant de concert avec la pluie pour percer sa peau qu'il voulait carapace, tandis qu'il repensait à son enfance et à sa relation avec sa mère. Elle était là et intervenait mais une distance et une froideur les séparaient. Zack se mit à rire comme un demeuré, riant de la comparaison qu'il faisait entre sa mère et cette grand-mère qu'il avait rencontré peu après son père biologique. Elle aussi était distante et froide. Un jour, peut-être, recevrait-il les marques d'argent qui feraient de lui un enfant direct d'Imahan iduth, initié aux plus grands secrets de la Nature. En attendant ce jour béni, il se préparerait et deviendrait fort, mentalement et physiquement, et se protégerait des maux engendré par l'Humanité dégénérée.

Autour du jeune homme, la meute paternelle entonna un long chant, d'abord plaintif, pleurant les années perdues, que l'orage couvrait sans problèmes. Alors les Uratha comprirent le message : le temps n'était pas aux regrets et à l'amertume mais à la joie et la colère. Alors les loups hurlèrent avec puissance, joignant leurs voix sinistres au chant sifflant du vent et aux cris du tonnerre, enjoignant Zachary à les imiter. Le jeune homme se retint, ne voulant briser une si belle mélopée de sa triste voix d'humain. Il ne se manifesra que pour l'apothéose, pressentant qu'il devait montrer à la Nature que le feu de la haine était bel et bien brûlant dans ses veines. Alors, Zachary hurla de rage, aussi fort que les éléments frénétiques.

P.S. : Ayant fait le sauvage et piqué l'image sur DeviantArt... et n'étant pas très doué de mes deux mains... j'ai dû laissé le "psiakro" sur l'image, et ça me pique atrocement les yeux.
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# Posté le lundi 07 janvier 2008 14:42

Modifié le dimanche 10 août 2008 13:40

She Is The New Thing

She Is The New Thing
On aurait dit que toutes les peurs et fantasmes liés aux maisons hantées par les spectres de ses occupants et possédées par le Malin s'étaient incarnés ici même, dans cet improbable manoir qu'aucunes cartes ne connaissaient. Tout y était, de la forêt obscure aux gargouilles rongées par les tempêtes, en passant par le labyrinthe de haies envahi par une végétation vivace et épineuse. Hélène regarda une dernière fois derrière elle, en direction du sentier ténu qui l'avait menée jusqu'ici ; loin de l'électricité des villes et des rues, la nuit reprenait sa véritable noirceur et tout le pouvoir qui l'accompagnait. Ici, ce n'était pas la peur d'un criminel qui dominait, c'était celle d'un monstre tapi dans l'ombre. Une peur irrationnelle.

Les lourdes grilles rouillées encerclant la maison portaient, à intervalles réguliers, des crânes d'animaux, empalés sur les pointes qui terminaient la barrière de métal. Des spécimens de chaque espèce animale constituant la faune de la forêt étaient pendus là, trophées sans valeur offert en sacrifice aux éléments qui s'en donnaient à coeur joie pour les effriter. Car le climat semblait moins clément dans les environs de la demeure ; plus froid, plus humide et plus malveillant. La pluie semblait vouloir percer les vêtements, le vent siffler plus insidieusement, comme proférant des menaces voilées, tandis que le ciel n'autorisait que la lune à se montrer. Hélène releva son écharpe jusque sur son nez et avança jusqu'à l'entrée.

Là où figurait autrefois une large icône ornée d'un blason ou d'initiales se trouvait une toute autre décoration, bien plus macabre : un rassemblement de trophées de chasses. L'imposant crâne d'un sanglier était cloué au milieu du reste ; squelettes plus légers et animaux morts en partie dévorés par les charognards étaient pendu de part et d'autre de la porte. Le guide d'Hélène poussa les grilles et entra, l'enjoignant à le suivre.

Ils ne firent que traverser le sentier menant à la porte d'entrée de la demeure mais cela fut suffisant à la jeune fille pour comprendre que le jardin avait été, lui aussi, offert en sacrifice, ici non pas aux éléments mais à la végétation, qui redoublait d'efforts pour éroder chaque statue et pourrir chaque construction de bois. C'était un spectacle d'invasion ; les plantes semblaient se diversifier uniquement dans le but de pouvoir réduire en poussières toute oeuvre humaine laissée à leur merci. Le duo se planta devant la porte. La carcasse putréfiée d'une chouette était clouée par-dessus une série de glyphes peint dans un mélange de sang et de teinture. Pas de sonnette mais une cloche de bronze verdie. Le guide s'annonça doucement, comme s'il était de coutume de faire sonner la cloche de façon funèbre pour se signaler aux autres. Hélène n'en frissonna cependant pas car le geste de l'homme qui l'accompagnait avait été d'une incroyable douceur, tranchant avec la cruauté jusqu'ici manifestée par la Nature et le tintement contrastant avec la morbidité des lieux ; il était musical.

Le mécanisme de la serrure se fit entendre puis la porte s'ouvrit sur une jeune femme aux cheveux mi-longs, châtains foncés, habillée en french maid qui les fit entrer sans un mot. Sa tenue et son allure propre et nette annonçait l'étape suivante de l'initiation d'Hélène ; elle pénétrait dans la maison.

Car, en effet, l'intérieur était différent : entretenu. Des gens vivaient ici. Cependant, ils ne disposaient pas des commodités modernes à en juger par les petits regroupements de bougies ça et là sur certains meubles et sur les rampes des escaliers. L'ambiance était à la fois feutrée et mortifère, la douceur d'un foyer familial se mêlant à celle d'un funerarium ; les rideaux et les tapisseries évoquaient des linceuls et le velours couvrant l'intérieur d'un cercueil tandis que les bougies prenaient des airs de cierges. Tout était obstrué, la maison plongée dans la pénombre.

- Madame est au premier étage, avec Monsieur.
-Merci, Agathe.

Ce furent les premiers mots qu'entendit Hélène de la bouche de son guide depuis qu'ils avaient quitté la route. Simple, direct mais poli. Il pressa la jeune fille en direction des escaliers conduisant à l'étage.

Après à peine quelques pas, il sembla à Hélène qu'il fallait beaucoup de délicatesse pour vivre dans cet endroit, entre les bougies à ne pas renverser et les décorations d'allures fragiles. Il y avait aussi la pesanteur plus élevée des lieux à gérer et supporter. Une question d'habitude, sûrement.

La jeune fille leva son regard vers les portes situés au bout des marches ; deux paires d'yeux jaunes et luisants, surmontés d'oreilles pointues à l'affût, attira son attention. Un couple loups gris veillaient, cachés dans les ombres que projetaient les flammes inertes des bougies. Ils fixèrent un instant l'adolescente et son guide avant de reprendre leurs airs de gardiens de temple.

- Je te laisse continuer seule, Hélène.

La jeune fille regarda son guide un instant ; impossible de déterminer ses pensées en le dévisageant. Hélène lui fit un signe de tête signfiant "D'accord" puis gravit les dernières marches, seule. Les gardiens ne lui prêtaient plus aucune attention...

Un bruissement d'ailes et un croassement vide d'émotions stoppèrent Hélène alors qu'elle s'apprêtait à ouvrir la porte. Un corbeau, perché sur la rampe des escaliers, l'observait de ses yeux inexpressifs. Elle ouvrit la porte et s'engouffra de la pièce où Madame l'attendait.

Il s'agissait apparement d'une salle à manger ou de quelque chose de cet acabit, baigné de la même noirceur étouffante que le hall. Des chaises entouraient une longue table et Hélène devinait une série de fauteuils et divans le long des murs car des yeux jaunes et luisants l'observaient... A l'autre bout de la table, Madame se prélassait dans un fauteuil, son compagnon, un jeune homme blond, dans les bras. Hélène comprennait bien la nature de leur relation, c'était un couple, mais quelque chose d'ambigu teintaient leurs gestes. Comme s'ils agissaient dans l'inceste. La dame planta son regard dans celui d'Hélène qui ne put le soutenir. Une impression de totale impuissance frappait la jeune fille, certaine, au fond d'elle, que la femme qui la toisait non seulement attendait d'elle la soumission mais aussi qu'il s'agissait là d'une attitude sensée à adopter.

- Au nom de tous ceux qui vivent ici, je te souhaite la bienvenue, Hélène.

Les loups et les hommes enfouits dans l'ombre des murs hurlèrent alors comme une seule créature possédée par une puissante rage de vivre. Hélène était des leurs désormais...
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# Posté le dimanche 02 décembre 2007 18:48

Khaibit

Khaibit
[Encore une expérience. Première fois que je touche à la religion de cette façon. Oh, et cette histoire n'est pas - pour le moment - liée aux "aventures" de Vladimir et Dolores, bien que les deux jeunes femmes soient... La même personne.]

[La première partie de la nouvelle a subi un lifting !]

Elle avait ouvert les portes si brutalement qu'elles claquèrent contre les murs, secouant toute la nef de l'église d'une vibration semblable à un coup de tonnerre. Il n'eut pas même le temps de se retourner vers elle pour l'accueillir et regarder son visage qu'elle se jetait dans ses bras et s'effondrait, son corps tout entier secoué par les pleurs. Sans réfléchir, il l'étreignit et la réconforta comme il put, lui offrant caresses et chaleur. Il se demandait quels malheurs pouvaient la frapper pour qu'elle en vienne à se ruer dans cette église délaissée et chercher du réconfort auprès d'un jeune prêtre que personne ne remarquait. Les gens venaient parfois se confesser, parfois prier et ils comptaient sur lui pour les cérémonies - baptêmes, mariages et enterrements - mais jamais ils ne venaient à lui en tant qu'êtres humains, toujours en temps que chrétiens. Des relations formelles alors qu'il n'avait pour ainsi dire retenu que l'Amour.

Elle pleurait, inconsolable. Ce n'était pas ce à quoi il aspirait mais son coeur était tout de même comblé car quelqu'un venait à lui en quête d'affection, d'Amour. Elle enfouit son visage dans les plis de son habit, tirant sur sa robe comme sur une couverture sous laquelle elle voudrait s'abriter, tandis qu'il lui caressait les cheveux de façon paternelle ; Il la serra plus fort tout contre lui. Elle pleurait tant que ses larmes en vinrent à percer le tissu de son habit et qu'il se retrouva avec le torse mouillé de pleurs. Et cela continua, plusieurs minutes... Lui-même pleura mais de bonheur, de la sentir s'agripper à lui de toutes ses forces comme s'il était la dernière chose qu'il lui restait sur Terre. Elle était à bout de force, en dehors de ses bras à lui, rien ne l'empêchait de s'étaler sur le sol. Il lui chuchota des mots de consolation et d'encouragement.

Il était incapable de dire de combien de temps elle avait eut besoin pour se calmer mais il fut obligé de se laisser choir sur le sol, s'adossant à l'autel, car ses jambes s'étaient trouvées, elles aussi, vidées de leur force. Elle allait mieux, son chagrin s'était envolé. Il lui souleva le menton pour qu'elle le regarde et lui caressa le visage, jouant avec les mèches rebelles de ses cheveux blonds. Deux coulées de larmes carmines barraient son visage et avaient souillé leurs vêtements. Il lui baisa le front avant de l'aider à se relever.

-Viens, Dolores. Il va bientôt faire jour et ton cercueil t'attend.

Le jeune prêtre conduisit la vampire vers sa couche et la referma avec soin, craignant plus que tout que le soleil ne s'y infiltre et ne la détruise ou que quelqu'un ne la dérange pendant son sommeil diruen. Encore une fois, elle était venue le voir pour qu'il la console et avait pleuré, honteuse et coupable, tout le sang qu'elle avait pris à un innocent. Cela lui arrivait : elle se retrouvait affamée et ne parvenait pas à se contrôler, se jetant sauvagement sur la première personne à croiser son chemin. Le prêtre faisait de son mieux pour ne pas qu'elle en vienne à se sous-alimenter mais elle n'acceptait que rarement le sang qu'il lui offrait, quel qu'il soit. Elle ne voulait surtout pas boire de son sang à lui, elle refusait catégoriquement de le toucher. Il était le seul qui accepte qu'elle vive : elle ne pouvait se résoudre à lui prendre quoi que ce soit, tant il donnait. Mais elle ne savait pas qu'elle aussi donnait beaucoup : les habitants du village le considérait comme un prêtre, quoi qu'il fasse, tandis qu'elle le voyait comme un ami et confident.

Il se changea puis pria une dernière fois avant d'aller se coucher. Il ne savait pas comment interpréter cette situation : Dieu était, pour lui, Amour mais ses fidèles étaient froids comme les pierres de Son temple tandis qu'une créature démoniaque et morte-vivante ne lui demandait et ne lui donnait que de l'affection ; c'était à son tour de pleurer de honte et de remord.

Et, malgré cela, il priait aussi pour qu'elle revienne et que jamais mal ne lui soit fait.

Now Tell Me

[MOITIE DE NOUVELLE EN CHANTIER]

Il avait emprunté de vieux vêtements à sa soeur pour les lui donner, les autres étant ruinés par le sang. Il attendait qu'elle finisse de se changer devant l'autel, regardant les bancs, vides à cette heure. Il cru entendre des pas venir de l'extérieur et, la seconde suivante, les portes de l'entrée claquèrent, repoussées par une force encore plus inhumaine que celle de Dolores. Le bois se fendit, craqua. Dehors, il n'y avait pas d'éclairage publique, seule la fade lueur de la lune, pleine, baignait celui qui venait d'enfoncer les portes. Le prêtre le détailla. Grand, large d'épaules, de longs cheveux noirs, un chapeau et un manteau de la même couleur. Il traversa la nef jusqu'à l'autel, se mettant à la hauteur du prêtre et le toisant. On ne distinguait pas ses yeux, cachés dans l'ombre de sa chevelure. Le jeune prêtre déglutit avec peine.

-Oui, mon fils ? dit-il sans conviction.

L'inconnu ne répondit pas. Il ne frémit même pas. Dolores, rhabillée, entra dans l'église et se figea en voyant les deux hommes se faisant face. Le prêtre ne comprit pas ce qu'il lui arriva : il sentit d'abord une douleur abominable au niveau de son estomac, ses pieds quitter le sol dallé et, enfin, tout son corps retomber plus loin dans la nef, glissant sur quelques mètres. Son ventre lui faisait mal, comme si toutes ses tripes avaient été passées sous une presse.

-DOLORES ! hurla l'inconnu.

La jeune femme fit un pas en arrière et la peur transforma son visage reposé en un masque de crainte, sa main sur la poignée de la porte qu'elle venait de passer. Quelque chose l'empêcha de fuir et refermer la porte derrière elle. L'homme en noir se tourna vers elle.

-Approche, commanda-t-il.

Et Dolores s'approcha, avec une démarche d'automate, se plantant à deux pas de cet homme. Plus loin, le prêtre rampait sur le sol. Sa vision était trouble : larmes, souffrance. Il serrait les dents et grognait de douleur, cherchant sa protégée.

La jeune femme regarda le visage de l'homme en face d'elle. Pâle, en lame de couteau. Il instillait une terreur grandissante dans le coeur de Dolores. Un courant d'air agitait ses cheveux, renforçant son allure ténébreuse. Son expression était comme le portrait de la sérénité faite Homme.

Dans un éclair, il saisit le vêtement de Dolores et la souleva jusqu'à lui, une rage sanguinaire animant désormais son regard, ses mâchoires serrées et ses lèvres retroussées. Une bête.

-A QUI APPARTIENS-TU ?!

Dolores ferma les yeux, ne pouvant soutenir la colère peinte sur le visage de cet homme, et détourna la tête. Ses bras et ses jambes étaient inanimés, tétanisés par la peur. Elle ne répondit pas. L'homme la secoua comme une vulgaire poupée, hurlant.

-TU ES A MOI ! MA PROGENITURE !

Elle tremblait, impuissante. Le prêtre se relevait péniblement, s'appuyant sur un pillier. Ses yeux distinguaient mal la scène et ses oreilles sifflaient. Il ne comprenait qu'une chose : cet inconnu était là pour Dolores ; il voulait l'emmener.

-Qu'avais-tu en tête, petite sotte ? Le ton de sa voix était imprégné de lassitude.

Les yeux de la jeune femme se rouvrirent, une peur sans nom y dansait. Elle cria. Elle sentait le regard de l'homme en noir plonger dans ses pensées, malmener son esprit. Le transformer. Elle oublait...

La paire d'yeux la fixait sans ciller, imperturbable, c'était comme une sentence de mort. Et puis... Les yeux se fermèrent, disparurent... Dolores sombra dans un état de demi conscience. Seuls des couleurs et des bruits pénétraient encore dans son cerveau. Des grognements, du noir et une grande et mince silhouette dorée...

Lorsqu'elle recouvra ses sens, la jeune femme comprit que quelqu'un la portait dans ses bras et l'emmenait hors de l'église, l'ayant emmitouflée dans une couverture. Un coup d'oeil furtif sur le côté : la croix sur l'autel était pliée, une masse informe et sombre à ses pieds. Quelques images la hantaient ; la lune, ronde et haute dans le ciel, les portes brisées qui se balançaient mollement... Epuisée moralement, elle s'assoupit, sombrant dans un sommeil ponctué de rêves insensés.
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# Posté le samedi 27 octobre 2007 03:23

Modifié le mercredi 07 mai 2008 01:54

The World Without Logos

The World Without Logos
[Lifting en cours.]

Wanna Feel The Last Beat Of Your Heart

Une malheureuse ampoule baignait le sous-sol d'une lumière crue, un papillon de nuit dansant autour d'elle. Les ombres déformées qui s'étalaient sur le sol étaient irréelles et si nettes qu'on les auraient cru peintes par une main adroite. Vladimir, ses yeux dissimulés derrières de petites lunettes rondes aux verres orangés, fixait sans ciller celui qu'un esprit aussi peu inspiré qu'original avait surnommé "L'éventreur". Ce sobriquet avait au moins le mérite d'évoquer la nature de ses crimes. Cet "éventreur", de son côté, arborait un sourire de jubilation malsaine, une main crispée sur le manche de son couteau, l'autre autour de la taille de son otage.

Un otage... Vladimir s'attarda un instant sur la jeune femme, l'examinant lentement. Elle avait des cheveux rappelant la paille, blonds et hirsutes, qui lui effleuraient les épaules. Des yeux d'un bleu très pâle, si clair qu'elle semblait fragile comme de la porcelaine. La peau de quelqu'un qui n'appréciait pas les bains de soleil. Elle avait l'air malade et faible, prête à se briser au moindre choc trop brutal. Vladimir observa négligemment la tenue de la demoiselle ; bottines noires, jeans noirs avec une mini-jupe par-dessus, rouge comme son débardeur, et... Une sorte de... Vladimir se sentit soudain ridicule. Il était incapable de trouver un nom correct pour désigner l'espèce de filet qui couvrait tout le haut du corps de l'otage. Il termina par un coup d'½il à son cou ; un collier noir et un pendentif représentant un crucifix. Pour Vladimir, c'était presque un extra-terrestre. Il se dit qu'il devrait se mettre à la page concernant la mode. Plus tard.

-Tu vas devoir me laisser partir ! Tu as fais trop d'erreurs, il ne tolérera pas d'autres "dommages collatéraux" !

L'éventreur rit, hystérique. Vladimir lui répondit par un sourire indéfinissable avant de sortir son arme de son holster, caché sous son manteau. Sa proie, cet éventreur, cessa de rire et fit la moue. Vladimir engagea un nouveau chargeur dans son arme vide et, tout en l'armant, parla d'une voix dénuée d'émotions.

-Un Desert Eagle, produit par Israel Military Industries pour Magnum Research Incorporated. Contrairement aux pistolets conventionnels, son mécanisme est opéré par un emprunt de gaz et non le recul. Le mien est une version chambrée pour une munition spécifique : le .50 Action-Express ; près de treize millimètres de diamètre, vingt-et-un grammes et une vitesse initiale de quatre cent vingt-cinq mètres par seconde.

Le pistolet était noir et sans reflets. Lentement, Vladimir le leva et en pointa le canon en direction de l'éventreur, alignant ce qu'il estimait être son c½ur. La balle rencontrerait également le poumon gauche de la jeune femme en suivant cette trajectoire.

-Quel âge as-tu, jeune fille ?

L'otage frémit. Son regard, affolé, semblait chercher une réponse - ou peut-être un sens - à cette question. Finalement, elle se contenta de répondre, d'une voix incertaine.

-V-vingt-et-un ans !

Le sourire énigmatique de Vladimir s'élargit, laissant voir sa satisfaction. Quelque part, dans le crâne de l'éventreur, des engrenages commencèrent enfin à fonctionner. Son expression passa de l'assurance à la panique.

-Hé, quelle importance ?!
-C'est un bel âge pour commencer le Requiem.

L'éventreur eut un mouvement de recul, comprenant, trop tard, l'idée de Vladimir. Deux - peut-être trois - déflagrations illuminèrent l'étroit sous-sol de l'immeuble, les puissantes détonations faisant vibrer l'air et les os. Sous le regard de Vladimir, l'éventreur et son otage s'effondrèrent au sol, l'un en arrière, l'autre en avant. Quelques secondes plus tard, le corps du criminel prit un air de carcasse desséchée, tandis que la jeune femme, encore consciente, essayait de se relever, clouée au sol par la douleur. Vladimir alla poser un genou à terre près du corps de sa proie, posant le canon encore fumant de son arme sur le front du jeune homme et attendit trois secondes avant de tirer une dernière fois, faisant voler en éclats la boîte crânienne de l'éventreur et répandant ses fluides vitaux sur le sol pisseux. Vladimir essuya une tache de sang sur sa chaussure avant de se relever.

Un peu plus loin, la jeune otage semblait vouloir ramper hors du sous-sol, une main grattant le sol comme si elle espérait pouvoir se tirer au dehors à la force du bras. Son autre main glissait sur les larges plaies laissées sur sa poitrine par les balles qui l'avait traversée.

Délicatement, Vladimir, agenouillé, la prit dans ses bras et plongea son regard dans le sien. L'homme avait une mine triste, tandis que sa victime suffoquait, ses poumons s'emplissant de sang. Vladimir retira ses lunettes, dévoilant ses yeux rouges et luisants.

-Ne t'inquiète pas, il ne t'en restera même pas une cicatrice.

Vladimir ouvrit la bouche, révélant ses crocs effilés, et se pencha sur la gorge de la jeune femme. Elle sentit la morsure, les canines lui entrer dans la chair comme des aiguilles, puis son sang s'échapper de son corps. La douleur s'évanouit peu à peu, faisant place à un plaisir étrange : celui d'agoniser.

Rude Awakening

Dans son rêve, Dolores se voyait, comme regardant un enregistrement, en train de courir dans une rue obscure. Les immeubles de chaque côté de l'allée étaient si hauts qu'elle n'en distinguait pas le sommet, il lui semblait même ne pas voir la moindre étoile ou encore la lune. Comme si le ciel était trop loin pour que son regard l'aperçoive. En fait, en y réfléchissant, elle se rendit compte que tout ce qui l'entourait était distant et nimbé d'ombre, comme si quelqu'un avait couvert tout ce que son regard pouvait rencontrer d'un voile noir, parfois si léger qu'il ressemblait à un volute de fumée, parfois si épais qu'il évoquait de l'encre. Dolores entrapercevait parfois la silhouette d'un lampadaire mais il était à chaque fois éteint et, lui aussi, étouffé par l'obscurité.

Brusquement, l'esprit de la jeune femme se concentra non plus sur les côtés de la rue mais sur ce qui lui faisait face et qu'elle semblait poursuivre. Ou peut-être cherchait-elle juste à s'éloigner de ce qui pouvait se trouver derrière elle. Elle voulut arrêter de courir, voyant que, devant elle, s'étalait une seule et unique chose : du noir. Pas de la nuit ou de la pénombre mais quelque chose qui semblait à la fois inexistant et solide. Elle avait l'impression de foncer vers une immense toile d'un noir profond. Elle voulut s'arrêter mais ses jambes ne lui obérient pas, comme guidées par un instinct propre.

Dolores paniqua d'abord, réalisant qu'elle ne commandait plus à son corps. Elle n'était même pas capable de tourner la tête pour regarder par-dessus son épaule. Qu'est-ce que ses jambes pouvaient bien vouloir fuir ? ... peut-être cherchaient-elles à perdre Dolores dans cette infinité de noir... La jeune femme était de moins en moins rassurée, les sensations sur sa peau et partout ailleurs s'émoussaient. Elle ne se sentait plus transpirer, sa gorge irritée par l'effort ne la faisait plus haleter. Elle avait l'impression de ne plus respirer et, pourtant, elle continuait sa course.

Au bout d'un moment - plusieurs minutes ? -, la colère se mêla à la peur. Dolores en avait assez que son propre corps n'agisse pas selon sa volonté et, prenant sur elle, elle réussit à s'immobiliser et crier.

-STOP !

La jeune femme resta, crispée, là où elle était pendant encore un instant avant de réaliser que ses perceptions étaient revenues avec le contrôle de ses muscles. Elle n'était pas essouflée, elle n'était pas en sueur et aucuns de ses membres ne la faisaient souffrir. Devant elle se trouvait toujours le noir indiscernable. Elle hésita puis, finalement, se retourna. De l'autre côté, le même infini obscur et impénétrable.

Dolores resta, plantée entre ces deux néants, interdite. Alors qu'elle se pensait complètement perdue dans les méandres d'un cauchemar, le décor autour d'elle s'anima. D'abord une paire d'yeux rouges la fixant, puis toute une série de ces yeux, apparaissant d'abord dans les zones d'ombre puis recouvrant tout, sol comme murs. Les yeux ne venaient pas toujours par paire, plus souvent, un seul oeil, à la pupille rouge et à l'allure animale, se manifestait. Tous, toutefois, fixaient la jeune femme intensément, sans un clignement de paupière.

Désemparée, pétrifiée d'effroi, Dolores se mit à tourner la tête en tous sens, nerveuse, cherchant une échappatoire. Elle remarqua que l'infini, de chaque côté de la rue, se rapprochait. Les yeux s'écarquillèrent et, en un instant, la jeune femme se retrouva absorbée par l'obscurité, hurlant de terreur.

Dolores ouvrit les yeux, encore marqués par la peur, sur un plafond nu et de couleur sombre. Un petit lustre, éteint, y pendait. Rien d'autre. Lentement, les muscles et articulations engourdis par son cauchemar, la jeune femme se redressa, agrippant les bords de son... Cercueil ? Dolores se releva d'autant plus vivement qu'elle avait l'impression fort dérangeante d'avoir dormi dans un cercueil. Un rapide examen de sa couche confirma ses craintes. Qu'est-ce que c'était confortable !

Chassant cette pensée des plus bizarres, la blonde sorti de ce cercueil ouvert, manquant perdre l'équilibre dans l'opération. La pièce dans laquelle elle se trouvait était basse de plafond et étroite, maigrement mais néanmoins confortablement meublée ; petite bibliothèque contre un mur, fauteuils apparemment anciens, etc. Dolores remarqua le couvercle de son "lit" posé contre un mur, une croix argentée en son centre. La jeune femme tâtonna à la recherche d'un interrupteur et la lumière fut.

A côté de son cercueil en reposait un autre, plus richement travaillé, au bois de meilleure qualité et aux décorations d'or. Ouvert, lui aussi. Dolores s'en approcha et se pencha au-dessus pour découvrir qu'il était occupé par un homme lui rappelant quelque chose... Un visage noble et beau, un corps musclé et glabre et de longs cheveux noirs et lisses. Sur un meuble un peu plus loin, elle reconnut des lunettes aux verres partiellement opaques et d'une couleur orange évoquant des flammes. Sur un porte-manteau, un holster contenant un imposant pistolet accroché près d'un manteau de cuir.

Dolores hésita à s'emparer de l'arme mais elle réalisa que ses mains étaient bien trop petites pour pouvoir le tenir correctement. Sans compter le recul que devait dégager un tel monstre ! La jeune femme préféra regarder l'unique porte de la pièce. Une porte d'acier, imposante. Une porte plus adaptée à un bunker qu'à une chambre. Dolores ne pu l'ouvrir, ne comprenant pas tous les mécanismes commandant l'ouverture. Désespérée, elle se laissa tomber au sol.

D'abord inquiète, la blonde devint curieuse et examina calmement l'ensemble de ses souvenirs les plus récents. La nuit d'hier était très floue et elle avait le sentiment qu'il valait mieux ne pas s'en souvenir en détails. Ensuite, il y avait eut le rêve et le réveil dans cette pièce étrange... Dolores se releva et passa devant les rayons de la bibliothèque, espérant trouver un indice sur les couvertures des ouvrages qui y étaient rangés. Absolument rien. Tous les titres étaient rédigés avec un alphabet... Bizarre. Des accents étranges sur certaines lettres et des associations de ces dernières - les lettres - peu communes - aux yeux de Dolores -. Beaucoup de livres semblaient anciens. Dolores remarqua, posés sur une table basse, quelques livres et notes manuscrites de toutes sortes rédigés en langue anglaise, éparpillés négligemment.

Au moment où elle tendit la main vers une feuille, le geignement du bois se fit entendre. Levant les yeux vers la source du bruit, Dolores vit que l'inconnu s'était réveillé et qu'il la toisait de ses yeux rougis, comme irrités. Imperturbable, l'homme sortit de son cercueil avec des gestes autrement plus habiles que ceux de la jeune femme. Dolores cherchait une issue, un endroit où se cacher mais, avant même d'avoir pu agir, l'homme se tenait debout, juste devant elle, la foudroyant d'un regard sévère. Dolores voulait fuir ou, au moins, détourner le regard mais elle en était incapable, paralysée par le charisme, l'aura dominatrice de l'homme.

-Assieds-toi.

Dolores s'assit, s'enfonçant dans les coussins d'un fauteuil. Elle avait le sentiment de ne pas s'être affalée sur le siège volontairement. Le bel inconnu fit de même et croisa les mains sous le menton, ne détachant pas son regard de la jeune blonde.

-Je m'appelle Vladimir, quel est ton nom ?

Une fois de plus, elle hésita mais quelque chose dans son c½ur lui disait qu'elle connaissait cet homme et qu'il ne lui voulait pas de mal.

-Dolores.

Vladimir scrutait la femme, dur et froid, laissant un silence pesant s'installer. Il déclara finalement :

-Qu'est-ce que cela fait d'être morte, mon Infante ?

Les traits de Dolores se tordirent pour exprimer son incompréhension. Et puis, quelques images lui revinrent en mémoire ; elle, allongée sur un sol glacé, se tenant la poitrine, un liquide chaud et poisseux lui couvrant le haut du corps et se répandant partout, sur et à côté d'elle. Elle était morte. Vladimir lui avait tiré dessus. Inquiète, Dolores baissa les yeux et tira sur son débardeur. Il était troué et brûlé et entièrement taché de sang séché, une partie s'en allant à mesure qu'elle tirait sur le tissu. Sans plus aucune considération pour la pudeur et, de fait, Vladimir, Dolores souleva un peu son haut pour observer sa poitrine. Rien, pas la moindre trace de quoi que ce soit.

-Ton corps n'en a pas gardé traces. Je te rassure, les balles se sont contentées de te traverser. Tu n'as qu'à regarder dans ton dos, ton vêtement est troué de la même façon des deux côtés.

Dolores lâcha son habit, croyant Vladimir. Tout était plus net dans sa tête, à présent. Elle avait le souvenir des coups de feu, de la douleur vrillant son corps. Elle avait le sentiment qu'il y avait quelqu'un d'autre qu'elle et Vladimir présent au moment de sa mort mais c'était l'image de son assassin qui était la plus présente, qui s'imposait aux autres.

-Mais... Je suis... Où ? Au... Purgatoire ?

Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres de l'homme. Il desserra les mains et, s'allongeant dans son siège, pouffa de façon mesquine.

-Tu es toujours à Whitby, là où tu es morte.

Tout, souvenirs comme Vladimir, contribuaient à rendre plus tangible le décès de Dolores. C'était ça ou, scénario échaffaudé à la va-vite dans son esprit, la théorie du lavage de cerveau aux psychotropes et effets spéciaux hollywoodiens. Etait-ce plus absurde de s'imaginer être devenue une morte-vivante ou croire que "quelqu'un" avait comploté pour qu'elle pense être une quelconque sorte de cadavre ambulant ? Dans le premier cas, la rationalité était bafouée, dans le second, on plongeait en plein scénario de blockbuster et, de fait, dans un bafouement du rationnel. Mais... La deuxième théorie était, d'une certaine manière, la moins crédible : pourquoi l'aurait-on choisi, elle, pour être le sujet de "tous ces trucs" ? Au moins, la première option avait un côté arbitraire... Peut-être.

Vladimir gesticula sur son siège, prenant une position plus confortable et élégante.

-Tu n'es ni un spectre, fantôme, éctoplasme ou que sais-je encore, ni un zombi. Le premier cas implique beaucoup de "transformations", l'une, et non la moindre, étant l'immatérialité. Or, tu es bien tangible. Le second cas implique, lui, que tu sois simplement animée : ton libre arbitre disparaît, te réduisant à l'état de carcasse de chair déambulante et obéissante. Sans oublier putrescente. Alors que tu es toujours en train de penser, d'exister, et que ton corps, de son côté, est intact. Reconstruit, même. Il te suffirait de changer de tenue pour qu'il soit impossible d'imaginer que je t'ai tiré dessus. Je vais te dire ce que tu es devenue, ce que j'ai fais de toi : tu es...

-Est-ce que vous pourriez juste vous rhabiller avant de continuer ? J'ai déjà assez de mal à réaliser que je suis morte, si en plus un homme entièrement nu me fait la conversation à propos de savoir occulte, j'ai peur de ne pas pouvoir tout assimiler correctement.

Si l'on devait transposer le spectacle d'un miroir se brisant en mille morceaux en une expression faciale, se serait celle de Vladimir lorsque Dolores se tut. Il était complètement soufflé par cette remarque et demeura figé une bonne dizaine de secondes avant de se relever pour aller se vêtir d'un pantalon, d'une chemise et de chaussures noirs. Dolores remarqua alors que la peau de son hôte était blême, sa pâleur renforcée par les habits sombres. Le contraste était dérangeant. Vladimir semblait beaucoup plus grave à présent.

-Comme j'allais te le dire, mon Infante, avant que tu ne m'interrompes grossièrement, je t'ai donné l'Etreinte, faisant de toi une de mes semblables. Une vampire.

Dolores se retint de rire, repensant à la tête que faisait Vladimir avant de s'habiller, mais n'eut plus d'efforts à faire pour se contenir en entendant le mot "vampire". Un de ses souvenirs s'en trouva modifié ; elle qui croyait avoir été embrassée comprenait désormais qu'elle avait été vidée de son sang. Ca n'était pas grave, la jeune femme conservait toujours le souvenir d'un grand plaisir avant son cauchemar.

-Mais, viens, lève-toi ! J'ai faim et ton éducation reste à faire. Le repas te servira de première leçon.

Survival On The Street Of Insincerity

Vladimir et sa protégée avaient fait les magasins, quelques-uns étant encore ouverts après huit heures. Dolores avait eut droit à une carte de crédit et une carte blanche, avec comme conseil celui de se faire une garde-robe entièrement nouvelle. Selon Vladimir, c'était préférable, pour le moment. Plus facile que de récupérer ce que la jeune femme possédait déjà. Soit, Dolores n'allait pas refuser un tel cadeau !

Elle entra dans le premier magasin seule, se contentant d'y acheter de quoi remplacer ses vieilles frusques avant de les jeter dans une poubelle. Vladimir l'accompagna dans les autres boutiques et fit la moue à chaque fois que Dolores prit un nouvel habit, apparement pas très ouvert d'esprit. Ni très flegmatique. Dolores n'aimait pas penser en s'aidant de stéréotypes mais le mystère qui entourait son "Père", comme il se désignait lui-même, la poussait inconsciemment à réfléchir de la sorte. Deux éléments la troublaient : les livres dans un langage autre que l'anglais et les airs contrits de Vladimir quand il regardait les tenues choisies par Dolores. Oh, et, bien sûr, le prénom : Vladimir. C'était un prénom de buveur de vodka, pas d'Anglais. Soit.

Les deux vampires retournèrent dans leur demeure - puisque Vladimir tenait à ce que son Infante considère comme sien ce lieu - et Dolores se lava et se changea, rejoignant un Vladimir dressant la table de façon très romantique. Il ne manquait que les bougies et la nourriture. Il n'y avait que des verres et une bouteille remplie d'un liquide rouge. Du sang, quoi d'autre ? Dolores s'assit en face de son Père, simplement vêtue d'une robe et de bottes noires. Elle n'avait gardé, de ses deux colliers, que la croix d'argent. Vladimir remplit les verres qui, en fait de verres, étaient plutôt des calices aux décorations reproduisant quelque immonde créature fantastique et moyen-âgeuse.

-Tu noteras que ton pendentif ne te dérange en rien, tout comme nos cercueils sont ornés de croix. C'est aussi une leçon : les symboles religieux, l'ail, l'eau courante... Rien de tout cela ne nous est "nocif". Je vois d'ailleurs que tu as pris une douche. Bien.

Vladimir leva son verre et joua un moment avec.

-Une des contraintes de notre condition est que nous sommes limités à un seul et unique aliment : le sang. Tous les sangs sont comestibles mais certains sont plus goûteux et nourrissants. Le sang humain est encore ce qu'il y a de mieux au point de vue "qualité/prix" mais tu es encore jeune et peut tirer ta subsistance du sang des animaux. Je te le déconseille : c'est infect et peu de bêtes renferment autant de nourriture que les humains. Bon appétit.

Dolores répéta les derniers mots de son Père, le laissant boire à son aise tandis que, de son côté, elle scrutait le contenu de sa coupe, espérant vainement que des réponses en jailliraient. La blonde se demandait si elle faisait bien d'agir selon la volonté de Vladimir au lieu de fuir. Mais elle était adulte et se trouvait dans une situation abracadabrante. Personne ne viendrait l'aider si elle hurlait au vampire, s'éloigner de Vladimir ne la ferait pas redevenir humaine. Et tout cela ne lui semblait pas si terrible. Elle était morte mais la douleur était devenue un souvenir, l'évènement le plus désagréable de cette nuit n'était en fait qu'un cauchemar.

-Je vais nous mettre un peu de musique, ton silence et ta tenue sont d'un triste !

L'aîné des deux vampires s'en alla commander à un lecteur de disques de plonger la salle à manger dans le jazz des années quarante puis revint déguster son sang. Dolores ne touchait toujours pas au sien. La jeune femme prit son verre et le porta à ses lèvres. Ca ne goûtait pas du tout comme dans ses souvenirs ! Au lieu de cet infect goût de fer qui vous vient en bouche lorsque vous vous léchez une plaie se trouvait une saveur douce et sucrée, une sensation de force et de bonheur. Dolores vida son verra en quelques gorgées, sans aucune grâce, et le posa brutalement sur la table en soupirant de plaisir. Elle passa sa langue sur ses lèvres pour être sûre de ne pas en perdre. Elle voulut tendre le bras vers la bouteille comme une sauvageonne sans manières mais Vladimir l'en empêchant d'un regard sévère. Frustrée, ne comprenant pas bien ce qui lui était reproché, la blonde fouilla toute sa bouche de sa langue en quête de cette sensation délicieuse. Rien. Juste... Juste un détail qui l'intriguait. Ses canines. Elles avaient en quelque sorte "poussé", et ce de deux façons ; plus longues et plus avancées. Vladimir servit une deuxième fois sa protégée et la laissa se régaler. Elle saisit le verre à deux mains comme si elle avait peur qu'il ne s'échappe. Le plaisir qu'éprouvait Dolores lui rappelait un peu celui que lui avait donné la morsure de Vladimir.

Son second verre vide, Dolores tourna un regard de petite fille triste vers son Père, espérant qu'il lui serve encore du sang. Elle passa sa langue sur ses dents. Ses canines étaient encore un peu plus allongées : elles sortaient de sa bouche. Nouveau regard vers Vladimir, inquiet.

-Tu ne te contrôles pas encore. Rassure-toi : tu peux rentrer et sortir tes crocs à loisir, il te suffit d'en avoir envie. Ait envie de mordre. N'ait plus envie de mordre. C'est aussi simple que de faire des clins d'oeils. Je te servirai à boire quand tu sauras faire ça. Au travail !

Vladimir était autoritaire mais aussi paternel, bien que juste un soupçon. Peut-être même que Dolores imaginait ce ton paternel caché dans la leçon. Toujours est-il que l'aîné avait raison : il suffisait d'une infime concentration pour commander aux crocs. Dolores s'aida de son imagination, s'imaginant mordre quelqu'un - comme un fantasmatique petit ami - et les canines s'allongeaient. Pour rentrer ses crocs, elle se répétait plusieurs fois qu'elle ne voulait plus mordre. Après moins d'une minute, elle avait le truc. Aussi rapide et facile que les clins d'oeils. La blonde eut droit à son verre. Sauf que Vladimir lui saisit le bras alors qu'elle n'en était qu'à la moitié, signe qu'il voulait que cela cesse. Dolores lui lança un regard noir et montra les crocs, un éclair de rage passant dans ses yeux. Cela dura une seconde avant qu'elle ne se reprenne et ne laisse la main de Vladimir diriger le mouvement de son bras, reposant le verre sur la table.

-Assez de gourmandise. Il n'y a rien de plus mauvais. Si tu es gourmande, tu prends le risque de vider complètement une proie et, ainsi, de laisser des traces et des indices pour te retrouver. C'est très mauvais. Tu dois apprendre à manger à ta faim, pas plus.

Dolores s'affaissa toute entière sur sa chaise, déçue. Mais pas seulement. Elle était aussi outrée que son père vampirique lui interdise de satisfaire ses envies. Pourtant... La jeune femme avait le sentiment, encore vague, qu'il était bon pour elle d'écouter Vladimir. Ce n'était, après tout, pas n'importe quel vampire : c'était celui qui l'avait transformée. Il était riche, chic, beau... Et devait savoir beaucoup de choses pour entreposer des livres dans une langue étrangère et prendre une jeunette - en tant que vampire - sous son aile. Une question sortit Dolores de ses pensées qui étaient de plus en plus tournées vers l'énonciation des qualités, pour la plupart supposées, de Vladimir.

-Est-ce que tu aimes la musique, Dolores ?
-Oui, très. Je sais en jouer aussi. Un peu de tout. Ma famille est très "musicale".
-Alors, jouons !

La vampire ne comprit pas très bien ce qui dit Vladimir, plongée dans ses pensées, essayant de décortiquer ses sentiments pour savoir où elle ené tait vraiment. Mais son Père l'interrompit, coupant la musique et la traînant dans une autre pièce après avoir rangé le peu d'objets disposés sur la table. Cette "autre pièce", au rez-de-chaussée, contenait plusieurs instruments. Et de bonne qualité. Vladimir était posté, fier, devant un piano droit.

-Je t'ai trouvée triste lors de ce repas et cela a déteint sur moi ! Soyons sombres !

Dolores prit une guitare et les deux vampires jouèrent, d'abord moroses, puis se laissant aller petit à petit vers l'improvisation et des rythmes plus vivants et plus gais...
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# Posté le vendredi 26 octobre 2007 15:05